Tony Matelli, éloge de la fragilité | Les Hardis

Par Joy des Horts
On a coutume de dire qu’il n’y a qu’un pas entre réel et fiction. Ce pas, l’actuelle exposition de Matelli à la galerie Andréhn-Schiptjenko se garde bien de le franchir, préférant frayer entre les deux rives. « Abandon« , le titre de l’exposition, annonce la couleur. S’il favorise la polysémie (abandon : c’est autant le désordre que le naturel), le terme vient également éclairer la structure de l’exposition qui semble avoir été désertée pendant le confinement. Elle en émerge do...

Magritte et Alain Robbe-Grillet : l'ère du soupçon - Revue Magazine

157 pages d’une prose déconstruite et palpitante. 77reproductions en couleur d’un univers surréaliste.
Ceci n’est pas une pipe,mais le roman à quasi quatre mains La Belle Captive, publié en 1975, sous la plume d’Alain Robbe-Grillet et illustré par René Magritte.
Si le nom du romancier reste lié à l’école du Nouveau Roman, ses attaches avec le surréalisme sont avant tout esthétiques. Né en 1922, soit deux ans avant la publication du premier Manifeste du Surréalisme d’André Breton, il n’a jamais rencontré le peintre belge de son vivant. Pourtant, l’auteur des Gommes ou de La Jalousie partage avec Magritte cette même envie de bousculer les conventions, littéraires et artistiques. Tous deux enclins aux jeux de chausse-trappes, faux miroirs et autres allégories ironiques, le peintre faussement figuratif et l’auteur extra-fictionnel nous livrent leur part de pensée abstraite.

Prétextes - Claes Oldenburg - Revue Magazine

Identifié, avec Andy Warhol ou Roy Lichtenstein, comme l’un des représentants essentiels du pop art américain, Claes Oldenburg est aujourd’hui un artiste reconnu et apprécié. Pourtant, si ses œuvres sont immédiatement identifiables  — cerises géantes et autres tartes à la crème cyclopéennes réalisées en collaboration avec son épouse Coosje Van Bruggen — ses pièces d’une efficacité visuelle redoutable s’inscrivent dans un discours complexe. En convoquant à la fois le détachement laconique et l’humour caractéristique au pop art, Oldenburg aurait-il inventé un art grand public, cet « art conceptuel pour les masses » dont parle David Robbins ? Retour sur le parcours non-exhaustif d’un artiste à la fois héros et bouffon de sa propre farce.

Robert Malaval, artiste-éclair à la galerie Pauline Pavec | Les Hardis

Par Joy des Horts
Dans les histoires du mouvement Punk, la France est généralement absente sinon comme terre de tournées ou de concerts (Mont-de-Marsan, en 1976 et 1977 pour deux concerts mémorables). Les Sex Pistols, Clash, Damned ou encore Suicide dominent la scène. Pourtant, un artiste français a bien percuté lui aussi la comète Punk. Transfuge, étoile filante, énergie vive en zigzag, étranger à toute ligne, Robert Malaval (1937-1980) est peintre, musicien, écrivain, arrangeur. En tout, autod...

Tomàs Saraceno, sculpteur de l’indicible et de l’imperceptible   | Les Hardis

Par Joy des Horts
Laissons les clameurs d’indignation à la rue et tendons plutôt l’oreille vers une forme d’art qui transparait à peine, vers des oeuvres qui émergent et s’absentent, à la limite du perceptible…
Inframince : c’est le nom que Marcel Duchamp a donné à une dimension à la fois intellectuelle et sensible qui traduit la quête artistique des formes les plus ténues. C’est dans ces écarts imperceptibles que Tomás Saraceno tisse sa toile et dévoile, non pas des objets, mais d...

Chaque jour, chaque instant, s’offre à mille hasards - Jean Arp - Revue Magazine

Derrière les formes biomorphiques convoquant à la fois les règnes humain, végétal et minéral, c’est la question du hasard qui est posée. Celle d’une incertitude consubstantielle garante du mouvement dans l’œuvre, où perce une volonté de défier l’académisme et les lois strictes de l’art en cherchant dans ce nouvel auxiliaire à la création le relais de l’artiste. Si le hasard s’impose comme un enjeu de l’avant-garde et l’emblème de nouvelles esthétiques, l’artiste, à l’image d’un Protogène achevant sa toile en « jetant l’éponge », fait état de pratiques esthétiques de l’informe associant étroitement contrôle et déprise.

Rétrospective : Pompidou sous l'empire de César | Les Hardis

D’abord, le dernier étage de Beaubourg, déployé sur l’espace ouvert de la ville. Des cimaises effacées au profit d’un large et quasi-unique plateau, où l’œil du visiteur embrasse les tôles des Reliefs Muraux et des Panneaux-Reliefs du début des années 60, qui se confondent avec les toits de Paris, tandis que les touches de polychromies des Compressions (dont le fameux lettrage jaune de Compression Ricard, 1962) ravivent la grisaille de la capitale… La rétrospective qu’ont imaginée, vingt ans apr...

L'intuition d'Axel Vervoordt au Palazzo Fortuny | Les Hardis

Au Palazzo Fortuny, l’antiquaire et commissaire Axel Vervoordt se plie à son exercice désormais habituel. A la suite de ses précédentes expositions (et véritables évènements-phare de l’été vénitien) qui rythment dorénavant chaque biennale de Venise (Artempo, In-Finitum, Tra et Proportio), il s’empare de l’atmosphère mystérieuse des salons décatis du palais, de ce charme d’une certaine aristocratie vénitienne, y défait et revisite les rituels de l’exposition pour proposer une exposition sublime q...

Cholet - New York à la galerie Kamel Mennour | Les Hardis

Une fois n’est pas coutume, la galerie Kamel Mennour, dans ses deux espaces germanopratins, n’accueille pas l’exposition d’un de ses artistes stars mais celle, double, de François Morellet (1926- 2016) et de ses confrères américains. Avons-nous pour autant affaire à un hommage ou à une rétrospective posthume ? Rien ne semble moins sûr tant le parti pris affiché s’inscrit dans une toute autre dynamique : délier un axe de l’abstraction géométrique d’avant-guerre à priori improbable.

L’exposition...